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mercredi 31 juillet 2013

Chromecast: la clé du salon pour Google?

Chromecast l'éclaireur

Il y a une semaine Google annonçait Chromecast, son "Dongle" (clé intelligente) permettant de rendre n'importe quelle TV "Smart". Le délai entre l'annonce et la mise en vente des premiers exemplaires ayant été digne des meilleurs lancements d'Apple, nous savons déjà ce qui se cache dans ce petit boitier qui présage de nombreux changements dans le domaine de la smart TV.


Au niveau matériel, peu de surprises. Comme presque tous les produits lancés de ce type il s'agit d'un "mini smartphone" disposant d'une sortie HDMI, d'une connectivité wifi, d'une alimentation USB, d'un processeur ARM équipé de 512 Mo de RAM et de 16 Go de stockage. Le prix a pu frapper les observateurs (35$) mais il se situe dans la tranche de prix des produits concurrents, pour s'en convaincre il suffira de consulter le site d'achat professionnel chinois Alibaba. Le fait pour Google de lancer cet appareil sous sa propre marque est un risque calculé, sur ce type de produits cela permet d'aller vite sans offenser les partenaires fabricants de matériel.

Un choix ergonomique fondamental est bien sûr l'absence de télécommande dédiée, l'ensemble des fonctionnalités devant être pilotées via un "second écran" que ce soit un mobile / tablette (iOS ou Android pour l'instant) ou un ordinateur équipé de Chrome. En outre la clé implémente le protocole HDMI-CEC permettant de contrôler par exemple le volume sur la TV sur laquelle elle est branchée, mais aussi potentiellement de recevoir des commandes depuis la TV. Cela permettrait ainsi à l'utilisateur d'interagir avec une application installée sur la clé en utilisant la télécommande de son téléviseur.



Au niveau du système d'exploitation, le Dongle n'utilise pas Chrome OS (le système d'exploitation équipant les PC Google Chromebooks) mais bien une version spéciale de Google TV basée sur Android. Elle comprend une version récente du navigateur Chrome mais sans les environnements qui permettent de faire fonctionner les applications Android "natives" de type SDK (Java) ou NDK (C/C++). Pas de simple portage d'applications pour mobiles ou tablettes en vue donc, seules les applications Web pourront fonctionner dans le navigateur Chrome intégré.



Ce choix ne représente certainement pas la fin d'Android comme annoncé par le site spécialisé Apple Insider mais la volonté d'offrir une troisième voie crédible pour le développement d'applications sur Android : les Web apps. C'est  aussi sans doute l'une des première décisions fortes de Sundar Pichai depuis sa nomination à la tête de l'entité rassemblant Android et Chrome chez Google. Reste cependant à permettre aussi l'installation de ces web apps directement sur la version mobile de Chrome puis à fusionner les magasins d'applications Google Play et Chrome Webstore. Fin de la parenthèse.

Pour l'installation initiale, compte tenu de l'absence de télécommande ou d'une quelconque interface utilisateur, Google a repris le système mis au point par les fabricants d'imprimantes : le Dongle démarre en configuration "hotspot", après installation d'une application dédiée sur son ordinateur, son mobile ou sa tablette, celui-ci se connecte sur ce hotspot pour y-transférer les paramètres de connexion au réseau wifi domestique.



Une fois connectée au réseau, la clé implémente le protocole DIAL de Youtube et Netflix pour signaler sa présence aux autres appareils. Pour afficher du contenu depuis un autre appareil deux possibilités : une extension fournie par Google qui utilise la fonction de partage d'écran implémentée depuis un an dans Chrome. Tout contenu pouvant être lu par le navigateur (y compris une vidéo stockée sur le disque local ) pourra ainsi être projeté sur la TV. Pour cette méthode Chromecast utilise le protocole WebRTC qui permet beaucoup plus que la simple réplication d'écran "à la Airplay" : vidéo conférence, réception de plusieurs flux vidéos en simultané, possibilité d'envoyer et recevoir la vidéo (pour faire du streaming vidéo décentralisé par exemple). 



Deuxième possibilité offerte par Chromecast: lancer directement une application web ou "webapp" (en utilisant la partie "launch" du protocole DIAL) sur le Dongle puis la contrôler à distance. Google fournit pour cela un SDK Chromecast permettant de gérer à la fois la découverte de la clé, le lancement de l'application, l'envoi de commandes (lecture, pause, volume...) et la réception d'informations (contenu en cours de lecture) depuis un site web ou une application mobile. Seule contrainte : Google doit approuver le site ou l'application avant qu'elle soit accessible, sans doute pour éviter d'offenser les ayant-droits avec des applications "pirates".

Une fois l'application Web lancée elle a accès à toutes les fonctionnalités de type Html5 offertes par Chrome. Bien sûr les capacités de traitement du Dongle sont assez faibles (oubliez les jeux intensifs en WebGL au risque de transformer le Dongle en torche...) mais la clé supporte nativement bon nombre de codecs vidéos ainsi que des protocoles de transport comme DASH.



Un gros avantage de l'approche "webapp" est qu'une fois lancée l'application peut fonctionner sans appareil de contrôle. L'utilisateur pourra ainsi la laisser fonctionner indéfiniment comme une chaîne de TV. Grâce au lien initial avec un appareil les contenus pourraient être proposés via un système de recommandations sur la base du profil de l'utilisateur, voire de tous les utilisateurs connectés au réseau domestique. La webapp peut être en effet être contrôlée par plusieurs appareils à la fois. pour permettre des scénarios de type lecteur musical social (comme sur la défunte Nexus Q), ou des jeux multi-joueurs. A ce stade il ne manque plus que la possibilité de définir une webapp comme "appli par défaut" lancée automatiquement au démarrage de la clé.

Mais l'intérêt de Chromecast ne s'arrête pas à ce simple Dongle.

En effet l'implémentation de ce qu'il faut appeler la "plateforme" Chromecast (Chrome + DIAL) sur un matériel aussi peu coûteux laisse présager une déclinaison possible sur un grand nombre d'appareils. Les Google TV "complètes" (version téléviseur ou box OTT), les Dongles et décodeurs IPTV Android en marque blanche, mais aussi pourquoi pas  les mobiles/tablettes Android disposant d'une sortie HDMI ou MHL qui deviendraient ainsi des décodeur portables contrôlables à distance. Google pourrait aussi intégrer la partie "réception"  directement dans le navigateur Chrome de bureau, afin de permettre à tout ordinateur de devenir un chromecast contrôlable à distance. 

En dehors de l'univers Android les constructeurs de Smart TV, qui ont jusqu'ici boudé Google TV afin de garder la main sur leur système d'exploitation et leur appstore pourraient être moins réticents à embarquer la plateforme Chromecast. La plupart ont déjà implémenté le protocole DIAL et certains utilisent des technologies communes (Samsung utilise ainsi sur ses modèles 2013 V8, le moteur javascript de Chrome). En parallèle Google profite de l'attrait de Youtube sur les AppStore Smart TV pour contraindre les fabricants à adopter certaines technologies dans leurs produits.



Enfin le développement de la partie "diffusion" de Chromecast permettra également l'apparition de nouveaux produits se focalisant uniquement sur la partie interface utilisateur : à quand une Leap Motion compatible, concurrençant directement le système Xbox + Kinect de Microsoft?



En s'y prenant bien d'ici peu Google pourra peut être compter sur une armée d'appareils "Chromecast Ready" pour conquérir le salon, depuis les Dongles jusqu'aux TV connectées.



Face à cela les autres prétendants au trône de Roi du salon doivent agir au plus tôt afin de rendre leur plateforme moins monolithique (comme l'était la première Google TV). Apple doit choisir sa stratégie, entre fournir une plateforme complète, type Apple iTV, comprenant contenus, applications et matériel, ou au contraire ouvrir son système AirPlay à d'autres écrans tout en conservant l'intelligence applicative dans ses iPhone, Ipad et Mac.



Microsoft de son côté semble tout miser sur la plateforme intégrée Xbox One. Pourtant celle ci utilise des technologies (applications HTML5, DLNA) qui peuvent permettre à Microsoft de s'ouvrir à d'autres appareils ou systèmes d'exploitation, dans l'esprit de son concept de "Companion Web".


Bref la bataille pour définir la plateforme centrale du salon est bien engagée et les prochains mois s'annoncent passionnants. La réaction des fournisseurs de contenus face à cette nouvelle plateforme sera bien sûre cruciale pour que ce Dongle ne se limite pas à la diffusion de vidéos de chatons depuis Youtube...


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