Chroniques de la TV Interactive

Blog sur l'avancement de la télévision interactive et plus généralement de la maison connectée.

mercredi 13 septembre 2017

Xavier Niel et le dilemme de la dernière box TV

Coïncidence du calendrier, quelques jours après une nouvelle annonce de Xavier Niel sur l'arrivée prochaine de la "Freebox V7", Apple présentait hier sa toute nouvelle Apple TV 4K et annonçait l'arrivée de "l'Apple TV app" en France avec en ligne de mire les décodeurs TV traditionnels. 

En juin 2010 le fondateur de Free prédisait :
« On voit arriver de nouveaux acteurs qui fabriquent des boîtiers : le nouveau décodeur d'Apple, qui sort en fin d'année, la GoogleTV d’Android qui arrive prochainement, et les téléviseurs connectés. D’ici 15 à 20 ans, ces équipements auront fait disparaître le concept de box du marché français.»

Quelques mois plus tard le même Xavier Niel présentait néanmoins sa nouvelle Freebox Révolution intégrant un décodeur TV et relançait la guerre des box opérateurs pendant plusieurs années. Il est vrai qu'à l'époque les concurrents Apple et Google disposait de peu d'atouts : pas de chaînes en direct, peu de services vidéo à la demande ou d'applications tierces et des réseaux Internet ouverts encore peu adaptés au streaming.

Sept ans plus tard force est de constater que la situation a changé et que la prédiction de Xavier Niel semble proche de se vérifier. Des applications de TV "OTT" (Over the Top, via les réseaux Internet non managés) comme Molotov ou myCanal donnent accès à des chaînes TV en direct et en replay et à des fonctions avancées comme la reprise du programme au début ou l'enregistrement en ligne. 
En parallèle les services de vidéo à la demande en illimité se multiplient, concurrencent les chaînes TV traditionnelles, depuis Netflix jusqu'à Amazon Video, tout en se déployant en priorité sur les appareils OTT. La consommation vidéo se fait également de plus en plus sur d'autres appareils au sein du foyer, notamment le smartphone, même si le téléviseur reste privilégié pour les contenus longs.
L'amélioration des réseaux ouverts, des protocoles de compression et des infrastructures de streaming permettent à présent de diffuser dans de bonnes conditions un flux TV en direct. Les dernières évolutions dans le domaine de la vidéo (UHD, HDR) sont généralement déployées d'abord en OTT.
Enfin les nouveaux boîtiers proposés par Apple, Google ou Amazon intègrent des systèmes d'exploitation aboutis, des interfaces utilisateur fluides et personnalisées et des boutiques proposant plusieurs milliers d'applications et de jeux.

Malgré tout les dernières rumeurs laissent à penser que la nouvelle Freebox intégrera bien un décodeur TV développé en interne, basé sur Android TV ou sur un système propriétaire. La Freebox Révolution était estimée à 300€ au lancementdont au moins la moitié pour le décodeur TV ; la nouvelle V7 se voulant également "premium", le coût du décodeur au lancement restera proche des 150€ afin de rester compétitif pendant au moins 7 ans. 

Mais combien de temps la Freebox V7 pourra-t-elle rester compétitive face à Apple, Google ou Amazon ? Ceux-ci peuvent compter sur la puissance de leur écosystème, leurs armées de développeurs internes et externes et de plus en plus sur leurs contenus exclusifs.

Face à ce constat peut-être est-ce le moment pour Xavier Niel d'anticiper sa propre prédiction et de révolutionner le marché français en appliquant dès maintenant le modèle du smartphone à la box TV. 

Au lieu de dépenser 150€ pour équiper chaque abonné d'un décodeur propriétaire, pourquoi ne pas investir le même montant pour subventionner l'achat d'une Apple TV 4K, d'une nVidia Shield TV ou d'une télévision connectée par ses abonnés ? 

Free pourrait ainsi focaliser ses investissements sur son routeur internet, plus proche de son métier "historique" d'opérateur, et sur le développement d'applications OTT donnant accès à ses services TV. L'opérateur pourrait même déléguer tout le développement des services et applications TV à un partenaire comme Canal, se contentant de gérer la facturation et le service client.

A défaut l'opérateur prend le risque que ce soit l'un de ses concurrents sur le fixe qui adopte en premier cette stratégie, la freebox V7 devenant ainsi la "dernière box TV" du marché français.

Etre le pionnier ou le dernier, c'est peut-être le moment de décider Mr Niel !

vendredi 19 août 2016

Molotov : la TV OTT à l'assaut des box

Molotov va-t-il réussir à franchir la Grande Muraille des box TV sur laquelle se sont écrasées nombre d'offres OTT en France ? Premier bilan et perspectives un mois après le lancement commercial.

Le distributeur TV "over the top" (via internet, sans réseau géré ni box dédiée) Molotov s'est lancé le 11 Juillet, lendemain de la finale de l'Euro 2016 - la plus grande audience TV depuis 10 ans avec près de 21 millions de téléspectateurs. Un lancement pour l'instant limité, du fait d'une exclusivité Apple, aux utilisateurs équipés d'iPad, d'un boitier Apple TV dernière génération ou d'un ordinateur (Windows/MacOS/Linux). L'extension à d'autres appareils comme les TV connectées est toutefois prévue. Le lancement semble en tout cas réussi en cette période estivale, l'application (gratuite) se classe en deuxième position sur Apple TV, toutes catégories confondues, et dans les 10 premières applications de la catégorie "divertissement" sur iPad, devant les applications TVs des FAI.

On ne présentera pas ici l'offre Molotov (consultez par exemple le test complet sur NextInpact), attardons nous cependant sur trois fonctionnalités clé : l'accès au catalogue des replays, le contrôle du direct et l'enregistrement de programmes, des fonctions disponibles sur les boîtiers TV (ou "box") des Fournisseurs d'Accès à Internet (FAI) mais bien souvent via des interfaces surannées et poussives.

Le replay tout d'abord : là où sur les box et applications TVs des FAIs les programmes en "catchup" sont isolés du direct et classés par chaîne (avec parfois des ergonomies différentes d'une chaîne à l'autre), Molotov combine programmes en direct et en replay dans une interface unique et fait un effort particulier sur la présentation, la recherche et le classement des contenus. Résultat : l'utilisateur a l'impression d'avoir accès à un catalogue unique comme sur Netflix. Malheureusement les replays de nombreuses chaînes manquent à l'appel, dont celles des groupes TF1 et M6, sans doute faute d'accord commercial. Il faut rappeler et nous y reviendrons qu'en France les distributeurs rémunèrent les chaînes TV pour accéder à leurs catalogues de programmes en rattrapage.

Le contrôle du direct ensuite, qui permet de redémarrer n'importe quelle émission en cours, de mettre en pause, de reculer ou d'avancer rapidement par exemple pour sauter une coupure publicitaire. Certaines box TV des FAIs proposent bien cette fonctionnalité grâce à l'enregistrement en continu sur un disque dur intégré (magnétoscope numérique ou DVR), mais uniquement pour la chaîne en cours de visionnage ; impossible donc de revenir au début d'une émission sur une autre chaîne. L'utilisation par Molotov d'un "cloud DVR", enregistrant en continu l'ensemble des chaînes, lui permet d'offrir cette fonctionnalité potentiellement pour toutes les chaînes, la limite étant juridique et non technique - comme sur myCanal la fonction n'est pas disponible sur certains chaînes. Je trouve la fonction est particulièrement bien adaptée à l'utilisation avec la télécommande tactile de l'Apple TV,  l'avance ou retour rapide s'effectuant d'un simple "swipe" vers la gauche ou la droite.

Enfin la fonctionnalité de "bookmarking" reprend la fonction d'enregistrement DVR bien connue des box TV, mais en la virtualisant (l'enregistrement est fait dans le "cloud" sur un disque virtuel - c'est le principe du nPVR). Cela en simplifie fortement l'usage : pas besoin d'être chez soi pour programmer un enregistrement, ou de conserver sa box allumée en permanence. L 'enregistrement d'une émission se fait en un clic et peut facilement être automatisé (tous les épisodes d'une série, les émissions que j'ai commencé à regarder sans terminer...). Ceci est la promesse de la fonctionnalité que j'ai pu tester lors de la phase de beta test (merci pour l'invitation Séb) mais qui a été désactivée lors du lancement commercial. En cause : l'absence d'accords avec les chaînes, malgré le vote et la promulgation de la loi Création 3 jours avant le lancement du service. Cette loi étend l'exception pour copie privée aux émissions TV et radio enregistrées en ligne. En clair elle autorise les distributeurs (et les chaînes elles mêmes) à s'appuyer sur cette exception pour permettre à leurs utilisateurs d'enregistrer des programmes TV et radio sur un espace de stockage en ligne, moyennant une rémunération (versée aux auteurs et producteurs et non aux chaînes) en fonction de la quantité d'espace proposée. Cette disposition était l'une des propositions du rapport Lescure (dont le rapporteur se trouve être l'un des cofondateurs de Molotov), mais son adoption s'est heurtée à l'opposition de certaines chaînes TV qui craignaient qu'elle entre en concurrence avec leurs services de TV de rattrapage sans leur apporter de revenus complémentaires.

Le point commun entre toutes ces fonctionnalités est donc leur absence partielle ou totale sur certaines chaînes, pour des raisons avant tout commerciales. Depuis le lancement des premières offres triple-play il y a plus de 10 ans, les chaînes et les FAI ont développé une relation particulière; les opérateurs ne paient pas pour reprendre le signal TV, mais pour accéder au catalogue de replay, pour des montants qui peuvent représenter une dizaine de millions d'euros par an seulement pour TF1. En contrepartie les principales applications TV de rattrapage (myTF1, 6Play, et depuis peu Pluzz) ne sont pas disponibles sur les TV connectées et autres boîtiers "OTT" (Apple TV, Chromecast...) mais exclusivement sur les box TV des FAI. La forte pénétration de ces équipements, inclus d'office dans tous les abonnements triple play, et l'exclusivité du replay ont fortement limité en France le succès des TV connectées et autres box OTT par rapport à d'autres marchés européens. Selon le CNC la télévision est aujourd'hui le principal support de consommation du replay en France, juste devant l'ordinateur et loin devant le mobile ou la tablette.

L'arrivée de Molotov, en montrant aux téléspectateurs qu'il est possible de se passer des FAI et de leurs box TV encombrantes (et lentes) pour accéder à la TV en direct et en replay sur leurs appareils préférés, va obliger tous les acteurs du secteur à repenser leur positionnement. 

Les chaînes TV tout d'abord; outre leurs applications mobiles et sites web elles axent l'essentiel de leurs efforts sur les box TV des FAI, et ont pour certaines internalisé la R&D pour ces environnements. Elles tentent d'innover mais sont restreintes par les capacités des box et leur ouverture limitée - certaines fonctions comme le contrôle du direct ne peuvent être proposées que par les opérateurs eux mêmes, l'authentification des abonnés est un sujet sensible et les ponts entre Replay et VOD sont contrôlés. Face à cela TF1 et M6 ont semble-t-il donc choisi de simplement vendre aux FAI le droit d'implémenter certaines fonctionnalités comme le nPVR dans leurs équipements et applications, avec pour objectif de multiplier par dix les revenus de la distribution (on peut imaginer que les FAI répercuteront ces coûts sur leurs abonnés, via de nouvelles "options TV" plus ou moins obligatoires). Cette approche - si elle est acceptée - va rendre les chaînes encore plus dépendantes des FAI ; même si elles co-investissent pour améliorer leurs applications de replays, elles devront toujours composer avec les limitations des box TV et le bon vouloir des équipes qui les gèrent. En ignorant les nouvelles box OTT (plus ouvertes et évolutives) et en empêchant un acteur comme Molotov de proposer des fonctionnalités innovantes, elles ouvrent un peu plus la place aux acteurs "pur OTT" comme Netflix pour la vidéo à la demande, YouTube, Facebook ou Twitter pour la vidéo en direct. 

De même les FAI sont aujourd'hui prisonniers de leurs box TV. A l'origine celles-ci ont représenté une réelle innovation qui a permis à la France d'être un temps leader mondial de la TV sur IP ; l'utilisation de protocoles ouverts issus d'Internet pour la diffusion TV laissait entrevoir de nouveaux services comme la TV perso ou les télésites de Free. Mais au fil des années les box se sont refermées et rapprochées du modèle du câble (voir du Minitel), avec pour objectif principal pour le FAI le maintien de l'ARPU par la vente de bouquets payants et de vidéos à la demande à l'unité. La capacité d'innovation des opérateurs a été fortement bridée par les querelles entre les équipes en charge des box et des contenus, une volonté de contrôler l'expérience de bout en bout, le recours à des sous traitants issus du monde télécom et non de l'électronique ou du logiciel grand public, l'absence de coopération entre opérateurs pour favoriser l'émergence de standards communs et les luttes politiques avec les chaînes. Tous ont bien tenté une timide ouverture vers l'OTT ; SFR a lancé une box OTT en 2013 et a été partenaire du lancement de Chromecast en France;  Bouygues et Free ont intégré Android TV et sa boutique d'applications sur leurs dernières box TVs; enfin Orange a lancé l'année dernière sa première box OTT, la clé TV d'Orange, qui promettait comme Chromecast une solution simple, légère et ouverte aux tiers, tout en intégrant l'accès au direct et aux replays TV. Mais tous font faire volte face aujourd'hui. SFR a hérité de la mentalité de cablo-opérateur intégré de Numericable et axe sa stratégie sur des contenus exclusifs, abandonnant ses projets de box sous Android TV ; Orange priorise sa nouvelle Livebox 4 tout en augmentant le prix de sa clé TV sans en améliorer l'offre; Free devrait annoncer une nouvelle box "premium" à la rentrée fonctionnant sous un système propriétaire ; quant à Bouygues il a renoncé à ses projets de proposer sa box Miami aux abonnés à des réseaux concurrents ou de rendre disponible son application TV sur d'autres appareils Android TV.

La solution viendra peut être des opérateurs internet alternatifs qui sont aujourd'hui obligés de s'aligner sur les leaders du marché en proposant eux mêmes des offres TVs. Comment ? Tout d'abord en mettant à disposition des distributeurs TV leurs réseaux et infrastructure et en leur permettant de revendre leurs offres en marque blanche. Ainsi Videofutur, filiale du fabricant de box Netgem et spécialisé dans la vidéo à la demande, propose-t-il aujourd'hui une offre Internet fibre en partenariat avec des réseaux d'initiative publique. Une autre approche serait pour les opérateurs indépendants de se positionner en facilitateur technique pour la diffusion TV en direct et en OTT. En effet, malgré le changement des habitudes de consommation (la fameuse dé-linéarisation), la TV en direct reste un must pour les téléspectateurs, notamment pendant les grands événements comme la finale de l'Euro. Or pour un acteur OTT comme Molotov c'est un défi technique et les réseaux managés de l'IPTV conservent encore un avantage notamment en termes de latence. Si demain un ou plusieurs opérateurs alternatifs proposaient des abonnements "internet seul" et une offre CDN optimisée pour le direct, permettant une diffusion multicast des flux jusqu'à l'abonné, ils pourraient changer le marché et pousser les autres FAIs à les suivre.

Enfin les distributeurs TV traditionnels doivent se remettre en question, dont le premier d'entre eux, Canal Plus. Doit-il se rapprocher des FAI, en se contentant du rôle d'éditeur et en proposant une offre intégrée comme il l'a fait avec Orange ? Doit-il privilégier la distribution directe via les box OTT et TV connectées comme l'offre avec Samsung ? Il est peu probable que les deux stratégies puissent être menées de front, au risque de tensions avec ses partenaires. La vente en direct l'obligera à investir tout azimut sur ses applications et son infrastructure et à mieux segmenter son offre. Si à contrario le groupe privilégie l'approche indirecte, il prend le risque qu'un acteur étranger tel Sky se lance sur le marché français avec une offre OTT (comme en Espagne), voir en investissant dans un acteur comme Molotov. De même l'arrivée de l'offre Amazon Video (et ses box OTT) en France couplée à son offre de distribution vidéo OTT pourrait faire du géant américain une alternative pour la distribution de certaines chaînes TV. La rentrée TV s'annonce tendue pour tout le monde...

vendredi 29 août 2014

Fiction : une soirée en 2022, fin de la TV ou la TV sans fin

Cet article est la suite de mon post publié en 2010 : "Fiction: 2014, une soirée sur Tf1"

16 Juin 2022, 19h. Le match de l'équipe de France va commencer. J'enfile mon casque Oculus Xbox et lance d'un geste le service Be in Sports VR qui possède les droits de diffusion du mondial en télé-virtualité. Un aperçu du stade couvert s'affiche en trois dimensions pour me permettre de choisir mon point de vue. Je choisis la vue arbitre pour suivre l'action au plus près grâce à la caméra embarquée, qui donne réellement l'impression d'être au milieu des joueurs. D'un mouvement de la main je change de vue pour suivre l'action depuis la ligne de touche, ou choisir l'une des innombrables caméras disponibles autour du stade. A ma gauche s'affiche une liste des commentateurs disponibles, humains et artificiels, je choisis le couple Larqué - Roland en souvenir du bon vieux temps. Sans conteste les commentateurs sportifs artificiels sont les plus réussis de tous les "bots-présentateurs", les plus simples à programmer aussi... Un signal m'indique lesquels de mes amis regardent le match également, je passe en vue "canapé virtuel" pour que nous puissions regarder le match ensemble.  

21h, le match est fini. Je passe le casque à ma fille aînée qui a prévu de diffuser son entraînement e-Sport en direct sur sa chaîne Twitch. Elle participe aux championnats du Monde amateur, et suis de près la compétition professionnelle dont la finale sera diffusée juste après la finale de la coupe du Monde, et attirera une audience presque aussi importante. Entre deux tours elle peaufine la programmation de sa chaîne, et a cassé sa tirelire Bitcoin pour acheter les droits de diffuser le dernier concert des Stones sur Amazon Content. Sa chaîne propose un mélange de jeux d'action des années 90 et de clips rock'n'roll, y compris des concerts de son propre groupe les "Punk Roses" filmés en direct de sa caméra GoPro. Je lui rappelle qu'elle devrait suivre un peu plus les cours de monétisation digitale dispensés par Amazon si elle veut pouvoir s'acheter de nouveaux programmes.

Un message à mon poignet m'avertit que les derniers épisodes de la série que j'ai co-financée sur Facebook CrowdStarter sont maintenant disponibles, je vais les regarder sur la tablette flexible car les Oculus sont occupés. Je la déplie et la pose verticalement sur la table,  à hauteur de mes yeux. Ayant pré-financé la série, j'ai eu le droit de participer au scénario du troisième épisode - et en ai profité pour glisser quelques "private jokes". Je suis impatient de voir les réactions de mes amis, nous avons prévu de regarder l'épisode en même temps avec l'option vidéo chat. De toute façon si le scénario ne leur plait pas ils peuvent toujours choisir l'une des versions alternatives... je pourrai d'ailleurs voir en temps réel combien de spectateurs font de même grâce aux outils d'analyse d'audience.

L'épisode fini, j'énonce "actualité, format JT" pour lancer mon flux d'actualité permanent en mode vidéo, que j'aime regarder à heure fixe - question d'habitude.  Google Now prépare un J.T adapté à mon humeur, au vu mon agenda, du ton de mes messages et appels professionnels aujourd'hui. Vu ma journée chargée il ne démarre pas immédiatement par l'actualité "chaude" du jour mais sur un "best of" animé des vidéos et photos de la soirée de samedi dernier, puis une mise en scène des meilleurs tweets de la journée. Je zappe d'un geste. Voici à présent un reportage sur l'un de mes centres d'intérêt du moment, les premières centrales au thorium chinoises. La traduction automatique est vraiment parfaite, et les effets d'animation et de transition entre les différentes vidéos et photos aussi - créer ce reportage aurait nécessité des heures de montage il y a encore quelques années. Là tout est fait automatiquement, en quasi temps réel, juste pour moi, à partir de centaines de sources différentes.  Un sujet plus grave à présent depuis le Moyen Orient, présenté par un journaliste indépendant accompagné de son son drone - caméra. Après avoir visionné le sujet, je décide de participer au financement de sa mission sur place. Pour finir une visite virtuelle commentée du lieu de nos prochaines vacances,  insérée suite à notre réservation sur place - avec bien sûr plusieurs offres promotionnelles à utiliser sur place. J'épingle le reportage sur notre mur familial.

Je replie l'écran flexible car les deux Oculus Xbox sont libres, nous allons en profiter pour voir un film avec ma femme. Le dernier blockbuster d'Amazon Studios est disponible, nous optons pour la version "leanback" plutôt que "interactive", pas trop envie de nous creuser les méninges ce soir. Hier nous avions regardé le dernier épisode de la série Criminal Case Las Vegas sur Netflix, les puzzles étaient vraiment trop compliqués et nous avons passé deux heures dans un épisode de 52 minutes... Puis nous avons passé une heure de plus à chercher quelque chose à regarder dans le labyrinthe 3D de films, séries et spectacles en direct, et ce malgré l'aide du bot-guide pour nous orienter.  C'est un bon vendeur ce guide, il introduit chaque contenu susceptible de nous plaire, en mettant en avant les similarités avec d'autres contenus que nous apprécions. Il est bien loin le temps du moteur de recherche, du carrousel en deux dimensions et des simples liens vers des contenus recommandés.

Une séquence de promotion démarre, on voit qu'on est chez Amazon. Leur moteur de simulation de décoration intérieure est de plus en plus réaliste... Effectivement ce meuble trouverait sa place dans notre salon, et serait parfaitement assorti au reste de la pièce. Redoutable ! A présent une publicité pour un prolongateur d'autonomie pour notre Tesla. Là aussi la publicité est personnalisée, mettant en scène le même modèle que nous avons acheté récemment. Les "pré-rolls" sont finis, mais la publicité continuera tout au long du film avec des placements produit. Nous pourrons d'un simple geste mettre de côté un article qui nous plaira, sans interrompre le film. Le plus fort est qu'avec l'option "livraison en un clic" certains produits seront livrés dès la fin de la soirée, grâce au système d'expédition en continu par drone. 

Une vibration sur mon poignet interrompt la séance, c'est un rappel de diffusion en direct. J'avais oublié que ce soir étaient annoncés les résultats de finale de la première promotion Mars One. C'est un événement mondial, diffusé en simultanée dans presque toutes les langues, avec une audience qui se compte en centaines de millions de spectateurs. Je laisse l'Oculus et je regarde le programme directement sur l'écran incrusté sur mes lunettes de vue. Je soutiens depuis le début de la saison la candidate française, que ce soit en achetant des "goodies" numériques à son effigie, en sponsorisant des messages incrustés sur sa combinaison d'entraînement, ou en faisant partie de sa guilde martienne sur Minecraft. Je suis même allé jusqu'à participer aux concours d'encouragement pendant les directs avec ma caméra 3D. Malheureusement la candidate est éliminée, elle ne fera pas partie des premiers colons, quelle déception ! La traduction instantanée du juge néerlandais indique les raisons de ce choix, une histoire de manque de stabilité émotionnelle. Je vais "troller" un peu dans les salons de discussion de l'émission pour me défouler.

Pendant ce temps le petit dernier s'est endormi sur ma vieille tablette 4K, devant son application de dessins animés préférée. J'ai activé l'option "apprentissage du code" ; pour visionner une nouvelle aventure de son héros préféré il doit à chaque fois réaliser un exercice de programmation différent, à l'aide de différents objets virtuels. S'il réalise l'exercice du premier coup, en plus de voir la nouvelle aventure il aura droit à dessiner et imprimer son propre jouet. Normal, l'application est proposée par Hasbro qui fournit également l'imprimante.

Une fois mon fils couché, je monte au grenier quelques un de ses anciens jouets imprimés. Je les dépose dans un coin derrière un grand cadre en plastique assez imposant. Tiens mon vieil écran plat! Je me demande pourquoi je le garde encore, depuis l'arrêt de la diffusion de la dernière chaîne traditionnelle linéaire il y a 2 ans il n'y a vraiment plus rien à regarder, à la TV.

Post-scriptum :
Même si la plupart des évolutions décrites dans l'article de 2010 ne sont pas concrétisées, j'ai pu participer à plusieurs projets de TV connectée dont :
J'attends donc avec impatience de travailler sur les futurs projets de T-VR au cours des huit prochaines années!

vendredi 27 juin 2014

Android TV : 3ème acte


A l'occasion de sa conférence I/O Google lançait le 25 Juin sa nouvelle offensive dans la TV connectée, Android TV. Après le lancement de Google TV annoncé en 2010 (relancé en 2011 puis renommé "Android avec Google Play Services pour TV" en 2013), de Chromecast, son "Dongle" (clé intelligente) à bas coût lancé l'année dernière, le géant de Mountain View a dévoilé sa dernière offensive dans le secteur: Android TV.

A la différence des précédentes initiatives, il ne s'agit pas d'une nouvelle plateforme dédiée à la TV mais d'une simple déclinaison de la nouvelle version Android "L", prévue pour l'automne 2014, et qui permet d'adresser nativement les TV, décodeurs et autres consoles de jeux. En clair cela signifie que les fabricants ou opérateurs pourront simplement porter Android L sur leurs TV ou box sans avoir à modifier l'OS en profondeur ou implémenter des fonctions spécifiques pour le petit écran. 

Alors que Google TV était un "fork" de versions assez anciennes d'Android, et ne proposait ni les mêmes API ni les mêmes fonctionnalités que la version "standard" pour mobile et tablette, Android TV partage la même base logicielle que tous les autres écrans. Cela simplifie grandement le portage d'applications existantes et garantit l'évolutivité des appareils l'utilisant.

En outre Google s'est associé à plusieurs fournisseurs de chipsets pour proposer une pré-intégration d'Android TV sur leurs "reference design", ce qui réduira grandement le temps et le coût de la mise sur le marché de nouveaux équipements. 



En parallèle trois fabricants établis ont annoncé avoir adopté l'OS sur tout ou partie de leurs gammes "Smart TV" : Sony, déjà partenaire de feu Google TV, va équiper toute sa gamme 2015 ; TPVision, plus connu sous sa marque Philips et qui utilise déjà une version modifiée d'Android sur ses TV haut de gamme, va utiliser la version officielle sur sa gamme 4K 2015 ; enfin Sharp va également adopter l'OS. Asus et Razr vont de leur côté lancer des consoles / streamer vidéo sous Android TV à la rentrée, sans doute rejoints par la plupart des fabricants de Shenzen qui proposent déjà des box sous Android "non officiel".

Enfin trois opérateurs IPTV sont annoncés comme partenaires : LG U+ en Corée du Sud, SFR et Bouygues Telecom en France. 

Quelles sont les grandes nouveautés d'Android TV par rapport aux anciennes versions de Google TV?

Une interface repensée en mode "Leanback"


Les équipes de Google ont tout d'abord réellement adopté l'interface Android pour une utilisation dans le salon. Cela passe par le développement d'un "launcher" spécifique qui s'affiche en incrustation ("overlay") au dessus du flux vidéo. Cette interface permet aux utilisateurs de naviguer rapidement dans la liste des contenus disponibles ou de lancer une application ; celles ci sont classées dynamiquement en fonction de l'usage de l'utilisateur, les applications les plus utilisées apparaissant en premier. Ce système rappelle les derniers "launchers" pour Android qui classent automatiquement les applications en fonction de l'usage ou du contexte utilisateur (heure, localisation...). 


Au niveau interface utilisateur, les prérequis concernant la télécommande ont été revus à la baisse par rapport à Google TV : seules les touches de navigation sont nécessaires, fini le clavier complet et le pointeur indispensable à l'utilisation sur les anciennes box. La navigation est globalement simplifiée, avec un défilement en croix, comme sur l'Amazon Fire TV. De même les contrôleurs de jeux sont supportés, l'utilisation ludique étant un des axes majeurs de la nouvelle plateforme, et une télécommande virtuelle est fournie, installable sur un mobile, une tablette ou même une montre connectée.


Enfin dernier point commun avec la box Amazon: la présence d'un microphone est très fortement recommandé pour faciliter la recherche dans le système d'exploitation et au sein des applications.
La fonction de recherche vocale permet d'ailleurs d'exploiter la puissance du moteur de recherche Google, les résultats pouvant provenir du web mais aussi de l'ensemble des applications installées.

Une meilleure intégration des applications TV

Ce moteur de recherche de contenu universel est rendu possible grâce à une meilleure intégration des applications dans le système d'exploitation. Celles ci deviennent plus "sociables" en exposant leurs contenus au moteur de recherche d'Android TV, et en permettant de lancer un contenu directement via un "lien profond". Le système se base sur le système d'indexation d'applications lancé au cours de Google I/O. 

En parallèle les applications peuvent également inciter de façon proactive les utilisateurs à les utiliser. A cette fin un nouveau type de notification système est disponible permettant à une application d'informer ses utilisateurs de la disponibilité d'un contenu. Ces notifications apparaissent sous forme de tuiles affichées de façon proéminente sur l'interface. Ces tuiles sont classées en fonction là aussi de l'usage - Google promet de traiter toutes les applications sur le même pied, ce qui reste à démontrer...


En parallèle les ingénieurs de Mountain View ont mis l'accent sur la nécessité de fournir une expérience cohérente dans toutes les applications Android TV, au niveau de la structure des applications, de la navigation entre les différents menus, de la présentation des contenus et de la lecture vidéo. A cette fin une librairie de développement nommée "LeanBack" est mise à disposition des développeurs pour faciliter la création d'applications respectant les recommandations d'Android TV. 

Trois applications ont été présentées par Google : Google Play qui suit l'ensemble des recommandation LeanBack, Youtube qui a repris le menu de navigation vertical  tout en conservant son système de cartes (disponible sur toutes ses applications TVs). Enfin la chaîne Showtime a choisi de conserver son UI existante, celle ci étant déjà dans la même philosophie "leanback".

L'utilisation des librairies reste donc facultative, d'autant plus que la publication des applications n'est toujours pas modérée par Google.

Pour accélérer le portage d'applications sans attendre la sortie des premiers appareils compatibles, Google fournit déjà une "box" de développement nommée poétiquement "ADT-1". Mais preuve de la rupture avec la génération Google TV, seules les nouvelles applications indiquant expressément supporter le mode "leanback" seront listées sur les appareils compatibles Android TV, les anciennes n'apparaissant pas.

Autre nouveauté et non des moindres: le support natif du protocole "Google Cast". Il sera donc possible non seulement de lancer des applications conçues pour Chromecast (type web app) sur un appareil compatible Android TV, mais également d'implémenter la partie "receiver" du protocole Cast dans des applications natives, afin de les contrôler depuis un autre appareil sous Android, iOS ou Chrome. 

Android TV proposera donc 4 possibilités d'interaction avec une application :
  1. Via une télécommande physique contrôlant directement l'application sur la TV;
  2. Via une télécommande virtuelle installée sur un second écran, contrôlant la même application ;
  3. Depuis une application installée sur un second écran "castant" simplement un contenu sélectionné sur la TV, qui agit alors en simple récepteur, mais via une application spécifique Android TV
  4. En dupliquant simplement le contenu d'une application pour en afficher le contenu sur la TV, sans avoir besoin d'une application spécifique sur la TV (équivalent de AirPlay).

Une meilleur support des flux TV en direct

Dernière amélioration d'Android TV: la gestion des flux TV en direct. Un nouveau "framework" dédié à la TV permettra aux appareils Android TV de gérer de façon transparente (pour l'utilisateur) les différents flux vidéos en direct, et ce quelle que soit la source: flux antenne via un tuner TNT intégré, flux câble/satellite via un décodeur externe, flux vidéo sur IP via un réseau managé ou flux streamé via une application dédiée. Dans tous les cas, l'utilisateur aura accès à la même expérience, et ne devra par "jongler" entre les différentes applications ou télécommandes. 

Via un système d'extensions logicielles, l'application TV de Google communiquera directement avec les différentes applications ou box pour récupérer les informations sur le programme en cours et envoyer les commandes de lecture, changement de chaîne etc. Cela permettra d'éviter d'avoir à utiliser la technique du "HDMI passthrough" et de l'émetteur infrarouge de l'ancienne Google TV. Cela suppose bien sûr que chaque éditeur d'application ou constructeur de box joue le jeu en développant ces extensions ou en ouvrant ses APIs pour permettre le développement de "télécommandes virtuelles".

Côté formats vidéos, Android TV supportera directement la plupart des protocoles de streaming, DRMs, codecs vidéos, ainsi que les extensions EME HTML5 chères à Netflix. Un player vidéo natif "Exo Player" open source est également fourni pour autoriser l'ajout de nouveaux formats. Bref Google "ratisse large" pour attirer la majorité des fournisseurs de contenus sur la nouvelle plateforme.

Conclusion : same player, try again?


On ne peut pas reprocher à Google de ne pas mettre les moyens pour conquérir le marché de la TV connectée. La grande nouveauté de ce nouvel essai est l'intégration complète de l'initiative à Android, y compris au niveau des équipes (différentes de celles de Google TV). Cette approche unifiée laisse entrevoir l'arrivée d'appareils "hybrides" qui pourront être utilisés à la fois comme appareils mobiles et comme décodeur TV: on peut imaginer à terme que n'importe quel mobile ou tablette disposant d'une sortie HDMI puisse devenir un décodeur TV. 


Plusieurs obstacles restent toutefois à franchir. Le mode de distribution d'Android TV reste indirect; les "clients" sont toujours les fabricants de TV et les opérateurs IPTV et non le grand public, comme pour l'Apple TV ou la Fire TV. Il n'est pas sûr que les industriels soient enthousiasmés par la perspective de laisser Google gérer l'interface utilisateur de leurs produits, d'autant plus que Google a indiqué que l'utilisation du "launcher" officiel Android TV serait obligatoire. Les premiers opérateurs IPTV partenaires ont d'ailleurs mis l'accent sur la différentiation de l'interface utilisateur, que soit Bouygues Telecom avec sa nouvelle box "Miami" ou SFR. 
Ce manque de différentiation explique également que les grands fabricants de TV comme Samsung ou LG privilégient encore leurs propres OS pour la TV Connectée.

La disponibilité du matériel ensuite. Les spécifications minimums demandées pour être certifié Android TV sont assez importantes et correspondent à une box ou une TV moyen à haut de gamme, ce qui limitera d'autant le marché adressable.

La disponibilité des contenus enfin. Android TV introduit une nouvelle étape dans la délinéarisation de l'audiovisuel: non seulement la TV en direct est traitée au même niveau que les autres applications vidéo, mais à présent tous les flux vidéo live sont traités de la même façon, qu'ils utilisent des ressources rares comme le hertzien, des réseaux "en dur" comme le câble ou de simples applications de streaming vidéo. Le risque est que les grandes chaînes et distributeurs TV boycottent la nouvelle plateforme comme ils avaient boycotté Google TV ou Chromecast et refusent de porter leurs applications voire menacent de bloquer leurs flux.

Rendez vous donc  l'année prochaine à Google I/O pour savoir si cette troisième offensive aura été la bonne ou si Google doit à nouveau changer son fusil d'épaule pour réinventer la TV de demain. A moins qu'Apple se soit enfin décidé à le faire à sa place...

mercredi 31 juillet 2013

Chromecast: la clé du salon pour Google?

Chromecast l'éclaireur

Il y a une semaine Google annonçait Chromecast, son "Dongle" (clé intelligente) permettant de rendre n'importe quelle TV "Smart". Le délai entre l'annonce et la mise en vente des premiers exemplaires ayant été digne des meilleurs lancements d'Apple, nous savons déjà ce qui se cache dans ce petit boitier qui présage de nombreux changements dans le domaine de la smart TV.


Au niveau matériel, peu de surprises. Comme presque tous les produits lancés de ce type il s'agit d'un "mini smartphone" disposant d'une sortie HDMI, d'une connectivité wifi, d'une alimentation USB, d'un processeur ARM équipé de 512 Mo de RAM et de 16 Go de stockage. Le prix a pu frapper les observateurs (35$) mais il se situe dans la tranche de prix des produits concurrents, pour s'en convaincre il suffira de consulter le site d'achat professionnel chinois Alibaba. Le fait pour Google de lancer cet appareil sous sa propre marque est un risque calculé, sur ce type de produits cela permet d'aller vite sans offenser les partenaires fabricants de matériel.

Un choix ergonomique fondamental est bien sûr l'absence de télécommande dédiée, l'ensemble des fonctionnalités devant être pilotées via un "second écran" que ce soit un mobile / tablette (iOS ou Android pour l'instant) ou un ordinateur équipé de Chrome. En outre la clé implémente le protocole HDMI-CEC permettant de contrôler par exemple le volume sur la TV sur laquelle elle est branchée, mais aussi potentiellement de recevoir des commandes depuis la TV. Cela permettrait ainsi à l'utilisateur d'interagir avec une application installée sur la clé en utilisant la télécommande de son téléviseur.



Au niveau du système d'exploitation, le Dongle n'utilise pas Chrome OS (le système d'exploitation équipant les PC Google Chromebooks) mais bien une version spéciale de Google TV basée sur Android. Elle comprend une version récente du navigateur Chrome mais sans les environnements qui permettent de faire fonctionner les applications Android "natives" de type SDK (Java) ou NDK (C/C++). Pas de simple portage d'applications pour mobiles ou tablettes en vue donc, seules les applications Web pourront fonctionner dans le navigateur Chrome intégré.



Ce choix ne représente certainement pas la fin d'Android comme annoncé par le site spécialisé Apple Insider mais la volonté d'offrir une troisième voie crédible pour le développement d'applications sur Android : les Web apps. C'est  aussi sans doute l'une des première décisions fortes de Sundar Pichai depuis sa nomination à la tête de l'entité rassemblant Android et Chrome chez Google. Reste cependant à permettre aussi l'installation de ces web apps directement sur la version mobile de Chrome puis à fusionner les magasins d'applications Google Play et Chrome Webstore. Fin de la parenthèse.

Pour l'installation initiale, compte tenu de l'absence de télécommande ou d'une quelconque interface utilisateur, Google a repris le système mis au point par les fabricants d'imprimantes : le Dongle démarre en configuration "hotspot", après installation d'une application dédiée sur son ordinateur, son mobile ou sa tablette, celui-ci se connecte sur ce hotspot pour y-transférer les paramètres de connexion au réseau wifi domestique.



Une fois connectée au réseau, la clé implémente le protocole DIAL de Youtube et Netflix pour signaler sa présence aux autres appareils. Pour afficher du contenu depuis un autre appareil deux possibilités : une extension fournie par Google qui utilise la fonction de partage d'écran implémentée depuis un an dans Chrome. Tout contenu pouvant être lu par le navigateur (y compris une vidéo stockée sur le disque local ) pourra ainsi être projeté sur la TV. Pour cette méthode Chromecast utilise le protocole WebRTC qui permet beaucoup plus que la simple réplication d'écran "à la Airplay" : vidéo conférence, réception de plusieurs flux vidéos en simultané, possibilité d'envoyer et recevoir la vidéo (pour faire du streaming vidéo décentralisé par exemple). 



Deuxième possibilité offerte par Chromecast: lancer directement une application web ou "webapp" (en utilisant la partie "launch" du protocole DIAL) sur le Dongle puis la contrôler à distance. Google fournit pour cela un SDK Chromecast permettant de gérer à la fois la découverte de la clé, le lancement de l'application, l'envoi de commandes (lecture, pause, volume...) et la réception d'informations (contenu en cours de lecture) depuis un site web ou une application mobile. Seule contrainte : Google doit approuver le site ou l'application avant qu'elle soit accessible, sans doute pour éviter d'offenser les ayant-droits avec des applications "pirates".

Une fois l'application Web lancée elle a accès à toutes les fonctionnalités de type Html5 offertes par Chrome. Bien sûr les capacités de traitement du Dongle sont assez faibles (oubliez les jeux intensifs en WebGL au risque de transformer le Dongle en torche...) mais la clé supporte nativement bon nombre de codecs vidéos ainsi que des protocoles de transport comme DASH.



Un gros avantage de l'approche "webapp" est qu'une fois lancée l'application peut fonctionner sans appareil de contrôle. L'utilisateur pourra ainsi la laisser fonctionner indéfiniment comme une chaîne de TV. Grâce au lien initial avec un appareil les contenus pourraient être proposés via un système de recommandations sur la base du profil de l'utilisateur, voire de tous les utilisateurs connectés au réseau domestique. La webapp peut être en effet être contrôlée par plusieurs appareils à la fois. pour permettre des scénarios de type lecteur musical social (comme sur la défunte Nexus Q), ou des jeux multi-joueurs. A ce stade il ne manque plus que la possibilité de définir une webapp comme "appli par défaut" lancée automatiquement au démarrage de la clé.

Mais l'intérêt de Chromecast ne s'arrête pas à ce simple Dongle.

En effet l'implémentation de ce qu'il faut appeler la "plateforme" Chromecast (Chrome + DIAL) sur un matériel aussi peu coûteux laisse présager une déclinaison possible sur un grand nombre d'appareils. Les Google TV "complètes" (version téléviseur ou box OTT), les Dongles et décodeurs IPTV Android en marque blanche, mais aussi pourquoi pas  les mobiles/tablettes Android disposant d'une sortie HDMI ou MHL qui deviendraient ainsi des décodeur portables contrôlables à distance. Google pourrait aussi intégrer la partie "réception"  directement dans le navigateur Chrome de bureau, afin de permettre à tout ordinateur de devenir un chromecast contrôlable à distance. 

En dehors de l'univers Android les constructeurs de Smart TV, qui ont jusqu'ici boudé Google TV afin de garder la main sur leur système d'exploitation et leur appstore pourraient être moins réticents à embarquer la plateforme Chromecast. La plupart ont déjà implémenté le protocole DIAL et certains utilisent des technologies communes (Samsung utilise ainsi sur ses modèles 2013 V8, le moteur javascript de Chrome). En parallèle Google profite de l'attrait de Youtube sur les AppStore Smart TV pour contraindre les fabricants à adopter certaines technologies dans leurs produits.



Enfin le développement de la partie "diffusion" de Chromecast permettra également l'apparition de nouveaux produits se focalisant uniquement sur la partie interface utilisateur : à quand une Leap Motion compatible, concurrençant directement le système Xbox + Kinect de Microsoft?



En s'y prenant bien d'ici peu Google pourra peut être compter sur une armée d'appareils "Chromecast Ready" pour conquérir le salon, depuis les Dongles jusqu'aux TV connectées.



Face à cela les autres prétendants au trône de Roi du salon doivent agir au plus tôt afin de rendre leur plateforme moins monolithique (comme l'était la première Google TV). Apple doit choisir sa stratégie, entre fournir une plateforme complète, type Apple iTV, comprenant contenus, applications et matériel, ou au contraire ouvrir son système AirPlay à d'autres écrans tout en conservant l'intelligence applicative dans ses iPhone, Ipad et Mac.



Microsoft de son côté semble tout miser sur la plateforme intégrée Xbox One. Pourtant celle ci utilise des technologies (applications HTML5, DLNA) qui peuvent permettre à Microsoft de s'ouvrir à d'autres appareils ou systèmes d'exploitation, dans l'esprit de son concept de "Companion Web".


Bref la bataille pour définir la plateforme centrale du salon est bien engagée et les prochains mois s'annoncent passionnants. La réaction des fournisseurs de contenus face à cette nouvelle plateforme sera bien sûre cruciale pour que ce Dongle ne se limite pas à la diffusion de vidéos de chatons depuis Youtube...


mardi 28 mai 2013

Les nouveaux Rois du Salon

Il y a 12 ans, je publiais un article sur "le roi du salon" décrivant la bataille en préparation pour le titre de plateforme dominante du foyer numérique, sur laquelle s’appuiera tout l'écosystème du salon connecté. Plus d'une décennie plus tard force est de constater que la bataille est toujours en cours.


Vivendi, AOL TW: (Dé)sintégrations verticales
Retour en 2001. Alors que la bulle internet a éclaté un an plus tôt, la mode est encore aux grandes fusions dans les médias et les réseaux, qui ont donné naissance à deux géants : Vivendi Universal et AOL Time Warner. 


Le premier s'appuye sur sa présence mondiale dans les contenus (Studios Universal et Universal Music), les réseaux satellitaires (Canal Plus et ses filiales étrangères) et le mobile via son partenariat avec Vodafone qui a donné naissance à Vizzavi, premier "portail" multi-écran. 


Le second réunit la plus grande entreprise de média (magazines Time, studios Warner, Warner Music, CNN...), le second câblo-opérateur aux Etats-Unis et le premier fournisseur d'accès internet mondial, avec la volonté de créer un gigantesque "jardin clos" accessible sur PC et TV.


Les deux conglomérats échoueront, du fait de prévisions trop optimistes (l'internet haut débit fixe et mobile ne décolleront réellement que quatre ans plus tard), de la complexité de gestion de conglomérats, de la défiance des investisseurs suite au 11 Septembre et sans doute aussi de "l'hybris" de leurs dirigeants.


Aujourd'hui Vivendi n'a toujours pas réussi à créer de synergies entre ce qui lui reste d'activités médias et ses réseaux télécoms (exemple frappant: Canal Plus et SFR proposent chacun leur propre décodeur TV haut de gamme), tandis que AOL Time Warner s'est recentré sur le cinéma et les chaînes de télévision aux Etats-Unis. Ni l'un ni l'autre ne peuvent plus prétendre aujourd'hui à la couronne mondiale de "roi du salon".

Si les autres géants des médias globaux (Viacom, Disney, NewsCorp, Bertelsmann) ou locaux, ont connu eux aussi leur lot de fusions et fissions ces dix dernières années,  ils ne sont plus aujourd'hui en mesure de contrôler leur propre destinée au sein du foyer numérique. Les studios américains se sont bien alliés au sein de Hulu afin de se positionner sur le marché de la vidéo à la demande, mais semblent aujourd'hui prêts à s'en séparer au profit d'un acteur Web (Yahoo étant le dernier candidat en lice). 


Les opérateurs, régents du foyer

Au cours des dix dernières années les grands gagnants de la bataille du salon numérique auront finalement été les opérateurs télécoms (principalement en Europe) et les câblo-opérateurs (surtout aux Etats-Unis). Ils ont su capitaliser sur de nouvelles habitudes de consommation (replay, vidéo à la demande) grâce à leur réseaux haut débit , leurs bouquets de services propriétaires mais surtout à leurs décodeurs intelligents, les fameuses "box" inspirées de la Home Gateway de Pace.


Mais l'heure de gloire des opérateurs de réseau touche à sa fin. Aux Etats-Unis les câblo-opérateurs sont confrontés aux "cord cutters" qui se désabonnent des bouquets à forte valeur ajoutée pour ne conserver que l'accès internet et utiliser tablettes, décodeurs"Over The Top" (sans réseau dédié comme Roku, Apple TV, Boxee) ou Smart TV pour accéder aux services de vidéos à la demande illimitée. En parallèle une startup américaine propose l'accès légal à la TV hertzienne depuis un iPhone et iPad, hâtant ainsi le "dégroupage" et la virtualisation des chaînes américaines via des applications dédiées.

De leur côté les box IPTV et (les offres associées) des opérateurs télécoms ne peuvent s'adapter au "temps internet": trop locales, trop rigides, reposant sur des technologies propriétaires, souffrant de cycles de déploiement et de renouvellement trop longs. Au point que beaucoup d'opérateurs réfléchissent à se passer de décodeur matériel et à transformer leur offre IPTV en applications, tandis que d'autres penchent vers l'utilisation de décodeurs basés sur Android.



Microsoft, le marathonien 


De tous les acteurs à vocation globale cités il y a 12 ans, seul Microsoft est encore en lice dans la course au trône numérique mondial. Après de nombreux échecs (MSN TV, Ultimate TV...), la Xbox est devenu le cheval de troie au sein du foyer, avec près de 100 millions d'unités vendues dans le monde. Le lancement de Kinect a permis de renforcer l'attractivité de la plateforme, et de révéler son potentiel dans le domaine de l'interactivité au sein du salon. Microsoft a également réussi à étendre la distribution de la console grâce à des partenariats avec certains opérateurs IPTV, qui proposent la Xbox à la place de leurs box maison. Symbole de ce virage, la vente par Microsoft de sa filiale MediaRoom spécialisée dans les plateformes IPTV en marque blanche.

La semaine dernière Microsoft annonçait enfin la sortie de la dernière version de sa console nommée simplement "Xbox One". Parmi les principales nouveautés on notera :

  • le retour à une architecture matérielle de type PC/x86, similaire à celle de la PlayStation 4 annoncée quelques semaines auparavant;
  • le rapprochement avec Windows 8: outre une base matériel "type PC" , l'environnement de développement Xbox est similaire à celui de Windows 8 pour les applications de type Smart TV ("Html5");
  • Ces deux points entraînent une première limitation: la console sera incapable de faire fonctionner les jeux conçus pour la Xbox 360 ou les applications Smart TV développées pour celle-ci.
  • l'activation permanente de la caméra Kinect et de la reconnaissance vocale pour permettre de lancer la console à tout moment par en prononçant "Xbox On", mais aussi un jour pour vérifier que les utilisateurs regardent bien les publicités diffusées...
  • la possibilité de faire fonctionner plusieurs applications en simultané, par exemple pour passer un appel Skype pendant un jeu ou bien pour afficher des informations contextuelles à une émission en cours (exemple: afficher les résultats des autres équipes en incrustation d'une rencontre sportive en direct ou en replay)
  • le positionnement de la console en Boitier TV sur laquelle se branche les autres périphériques (entrée et sortie HDMI) et qui peut également les contrôler ( émetteur infrarouge, support du HDMI-CEC). Ce positionnement est identique à celui de la première Google TV, la Logitech Revue, et est nécessaire pour garantir l'accès à la TV en direct dans l'interface Xbox à tous les utilisateurs. Cependant ce fonctionnement est très contraignant et a été vu comme l'une des causes de l'échec de la version "boitier" de la Google TV.
  • Enfin le focus mis par Microsoft lors de la présentation de la console sur les contenus TV que ce soit via le replay, via l'enrichissement du flux Live ou via les applications de TV à la demande. En particulier Microsoft intégrera à sa dernière console un guide des programmes TV complet et plusieurs fonctions de TV sociale (tableau de bord des émissions tendances, fonction canapé virtuel via Skype).
Ce double positionnement console de jeu / plateforme TV "Over The Top" peut apparaître risqué face à une Playstation 4 beaucoup plus centrée sur le Jeu multi-écran. Cependant après les échecs de Windows Phone sur le mobile et de Windows 8 sur les tablettes tactiles, et au moment où les ventes de PC s'effondrent, Microsoft se doit de réussir sur le dernier écran où les positions ne sont pas encore figées : la TV.

Google marche sur deux pieds


Un nouvel acteur s'est progressivement positionné dans la course au cours de ces dix dernières années, passant de la recherche à la création de plateformes : Google. Sa plateforme tactile Android domine aujourd'hui le marché du mobile (près de 75% des appareils vendus au 1er trimestre selon Gartner) et des tablettes (56% selon IDC), tandis que Chrome prend progressivement l'ascendant sur le marché des navigateurs.


La dernière conférence Google I/O a justement été l'occasion de découvrir la stratégie de Google pour reprendre le contrôle d'Android, développer les synergies entre Android et Chrome et transformer Chrome en véritable plateforme :
  • Ralentissement du rythme des développements sur le système Android (sur lequel Google a peu de contrôle du fait de la disponibilité de son code en open source) au profit des services propriétaires fournis par Google: Google Play, Google Maps, Google+... Ceux ci deviennent indispensables aux utilisateurs et développeurs Android, complexifiant ainsi les stratégies "Android sans Google".
  • Ajout dans Chrome (le navigateur) de fonctionnalités se rapprochant de celles que l'on trouve sur Android: gestion des notifications, support des applications natives avec lancement en dehors du navigateur, fonction d'achat "in-app", accès aux fonctions matérielles... Google permet ainsi aux développeurs de créer et monétiser des applications desktop complètes qui fonctionneront aussi bien sur Windows, OSX, Linux et bien sûr Chrome OS (la version "Système d'exploitation").
  • Nouvelles possibilités  de synchronisation entre Chrome et Android, avec par exemple la possibilité d'envoyer la même notification synchronisée sur les deux plateformes, l'utilisation de Google+ pour l'authentification et l'installation en un clic d'une application sur Android ou Chrome ou la possibilité de partager des données entre les applications des deux plateformes (notamment pour les jeux).
En parallèle Google tente depuis 2 ans avec Google TV de créer une nouvelle plateforme dédiée pour les fabricants de TV et les opérateurs. Cette stratégie semble aujourd'hui mise de côté au profit d'un rapprochement avec les plateformes Android et Chrome:
  • D'une part les appareils fonctionnant sous Google TV (sauf les appareils utilisant des processeurs Intel) seront mis à jour sur la dernière version d'Android "Jelly Bean". Les développeurs pourront ainsi porter plus facilement leurs applications mobiles et tablettes, d'autant plus qu'ils auront accès au kit de développement natif "NDK" pour de meilleures performances. Cette évolution sera particulièrement utile pour les développeurs de jeux. 
  • De l'autre la version embarquée du navigateur Chrome sera mise à jour vers la dernière version disponible sur PC et mobile. Ceci lui permettra de bénéficier des dernières technologies web (WebRTC) mais également de supporter les extensions Html 5 pour la gestion du DRM ou de formats vidéos spécifiques. Cette évolution cible davantage les développeurs de sites et d'applications Smart TV, notamment les médias. A noter que le support du Flash est abandonné.
Reste le problème de la distribution : comment convaincre les constructeurs et opérateurs d'utiliser les plateformes de Google dans le salon numérique ? 
  • Positionner la Google TV en plateforme de jeu face à l'arrivée des consoles PS4 et Xbox One pour permettre aux Samsung, LG... de proposer des produits concurrents motorisés par Google.
  • Permettre le déploiement de tout ou partie de Google TV (par exemple, uniquement la version TV du navigateur Chrome et ses applications ) sur une plus grande gamme d'appareils: "dongle" Android à bas coût, décodeurs TV ou lecteur Blu Ray ne fonctionnant pas sous Android, moniteurs PC, voire tout simplement mobile ou tablette disposant d'une sortie TV HDMI ou d'une connexion Miracast
  • Ou tout simplement attendre l'apparition d'une nouvelle plateforme qui incitera les acteurs existants à abandonner leur approche propriétaire - l'équivalent de l'iPhone.
Apple, l'éléphant dans la pièce

Dans le domaine du salon numérique Apple est "l'éléphant dans la pièce", qui patiemment met en place toutes les pièces de son écosystème (iTunes, iPod, iPhone, iPad, Apple TV AirPlay, iCloud) avant le lancement de la "mythique" Apple iTV, dernier coup de maître posthume de Steve Jobs. 
Oui mais encore faut-il que ses successeurs décident que l'offre produit (matériel, logiciel, applications mais aussi contenus TV) est suffisamment aboutie pour soutenir la comparaison avec les lancements de l'iPhone en 2007 et l'iPad en 2010. 

A défaut de créer une telle offre les dirigeant d'Apple pourraient se contenter de positionner l'Apple TV comme alternative aux Xbox One et PS4, pourquoi pas avec l'aide d'Intel (dont l'ennemi juré AMD équipe les consoles de Microsoft et Sony). Dans tous les cas Apple a les moyens de ses ambitions, comme le faisait remarquer un participant à la conférence Connected TV « la capitalisation boursière d’Apple est aujourd’hui, à elle seule, une fois et demi supérieure à celle de tous acteurs de la TV payante réunis ! ».

Amazon, le "loss-leader" par excellence

Enfin dernier acteur qui s'apprête à concourir pour le trône : Amazon. La rumeur lui prête l'intention de lancer un boitier TV à l'automne, à priori une déclinaison de sa plateforme tactile Kindle basée sur Android (sans Google). Outre sa boutique d'applications, son offre de stockage en ligne (Amazon Cloud Drive) et son service de Vidéo à la Demande (LoveFilm) Amazon possède plusieurs avantages clés:
  • Une infrastructure d'hébergement d'applicatons en ligne et de distibution de contenus rivalisant avec celles de Microsoft et Google,
  • Une capacité à travailler en bonne intelligence avec des concurrents (Amazon Marketplace, Amazon Web Services) le rendant globalement moins effrayant que Apple ou Google vis à vis des acteurs existants
  • Ses algorithmes de recommandation, son service client et plus généralement sa bonne image auprès de ses clients sont des atouts indéniables pour la commercialisation de produits complexes comme les nouvelles offres numériques
  • Enfin sa capacité à proposer ses propres matériels (Kindle en tête) en direct et à prix coûtants lui permettra de se positionner face aux boîtiers "gratuits" proposés par les opérateurs de réseaux.
Les arbitres...

Face à ces quatre géants quelques sociétés sont susceptibles de se positionner en arbitre, en favorisant l'une ou l'autre des plateformes.

Tout d'abord les constructeurs TV. Malgré leurs efforts pour développer leurs TV intelligentes ils peinent à créer des plateformes aussi intégrées que celles d'Apple, Google, Microsoft ou Amazon. Certains d'entre eux se sont réunis au sein de la "Smart TV Alliance" pour convenir de standards communs pour les applications Smart TV; cela sera insuffisant face à des spécialistes du logiciel et des services en ligne. Si on les voit mal s'allier à Apple (pour qui le matériel est clé) ou Amazon (pour qui le matériel est un centre de coût) ils pourront choisir de s'allier à Microsoft ou Google.


Ensuite les chaînes de TV qui ont encore sur leurs marchés locaux un accès quasi exclusif aux contenus TV "premium": séries, droits sportifs, franchises d'émissions ainsi qu'une certaine connaissance de leur audience, des annonceurs et des régulateurs... Mais déjà certains acteurs "Over The Top" comme Netflix comptent plus d'abonnés que les chaînes payantes et ont développé des outils plus fiables pour cibler les téléspectateurs. Les chaînes doivent donc au plus tôt utiliser leur position pour se tailler une place dans le salon connecté. Certaines ont choisi de développer leur propre standard de TV connectée, ce qui fait sens dans l'environnement actuel des smart TV. Mais lorsque la grande bataille s'annoncera les chaînes devront plutôt se focaliser sur la création de nouvelles "Applivisions" thématiques, et non de simples catalogues d'émissions. Parmi les plateformes en présence Microsoft et Apple s'annoncent comme les partenaires les moins "menaçants" pour elles, du fait de leur longue expérience de la relation avec les fournisseurs de contenus (éditeurs de jeux vidéos pour les premiers, de musique pour second).

Enfin les acteurs "over the top" ainsi que les géants du web comme Facebook feront pencher la balance vers la ou les vainqueurs. En attendant ils n'ont aucun intérêt à soutenir l'un ou l'autre des belligérants - voire même ont intérêt à tenter de créer leur propre plateforme.

Rendez vous dans 10 ans pour "compter les morts" et féliciter le nouveau Roi !

Ajout du 20 Juin: un article intéressant sur engadget sur la stratégie de Microsoft dans le salon connecté: http://www.engadget.com/2013/06/19/xbox-one-live-tv-microsoft-history-what-to-expect/?utm_medium=feed&utm_source=Feed_Classic&utm_campaign=Engadget

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