Blog sur l'avancement de la télévision interactive et plus généralement de la maison connectée.

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mercredi 18 mai 2011

Google TV 2.0: peut mieux faire

Google a annoncé à l'occasion de Google I/O la nouvelle version du système d'exploitation pour téléviseurs et décodeurs, Google TV, près d'un an après l'annonce de la version initiale.


Cette version nommée "3.1" devrait être lancée le semestre prochain ; elle introduit un certain nombre de nouvelles fonctionnalités :

  • Un seul code source commun à Google TV, Android pour mobiles et pour tablettes, même si Google TV conserve des spécificités, notamment la présence d'un navigateur Chrome "complet";
  • Le support de nouveaux types de matériels, notamment les processeurs ARM qui permettront l'arrivée d'équipements moins chers (la version actuelle de Google TV ne fonctionne que sur des "mini PC" à base de processeurs Intel)
  • Une nouvelle interface utilisateur qui se rapproche de celle développée pour les tablettes Android "Honeycomb"

Nouveau menu principal Google TV


  • L'accès à la boutique d'applications Android Market; cependant seules les applications optimisées pour un usage TV seront disponibles;


Boutique d'applications Google TV


  • La mise à disposition du code source de la télécommande et du protocole de communication de Google TV. Ceci permettra le développement d'applications mobiles permettant de télécommander une Google TV, voire d'intégrer des fonctions de "zapping" dans des applications existantes. On peut par exemple imaginer des guides de programmes qui "zappent" automatiquement, au grand dam des chaînes de télévision traditionnelles... Ce protocole permet également de transférer des liens d'un appareil à l'autre, par exemple pour transférer l'adresse d'une page web ou une vidéo depuis son mobile vers sa TV.
  • L'arrivée de nouveaux partenaires (déjà annoncés au CES) : Vizio (numéro 1 des TV aux Etats Unis) et Samsung (n°1 mondial), ce dernier n'utilisant la plateforme que pour une partie de sa gamme.

Les sessions Google TV dédiées aux développeurs se sont concentrées sur la création d'applications "natives" (java, comme pour les mobiles Android) ou d'applications web (html/javascript, comme pour les applications Chrome). Les intervenants ont également mis en avant l'intérêt des applications multi écrans qui permettent d'associer mobiles, tablettes et TV (comme LifeShow Player).

Cependant de nombreuses fonctions manquent à l'appel pour rendre crédible la nouvelle Google TV face aux plateformes existantes :
  • Une intégration plus poussée de Google TV dans Android permettant de transformer tous les téléphones ou tablettes Android en décodeur Google TV, via une simple connexion HDMI (comme suggéré par charbax). 
  • La mise à disposition du code source de Google TV (prévu officiellement pour la fin de l'année); ceci retarde l'arrivée de produits bons marchés provenant de sociétés ne détenant pas d'accords avec Google. Encore une fois Google protège au mieux ses intérêts et ceux de ses "partenaires" privilégiés.
  • La démonstration d'un premier adaptateur Google TV moins cher que l'Apple TV.
  • Une meilleure association entre les différents appareils Android, permettant facilement de dupliquer l'affichage d'un appareil sur un autre, ou au contraire de séparer un affichage sur plusieurs écrans en quelques clics.
  • Enfin et surtout, l'annonce d'un premier partenariat dans la télévision sur IP, avec un fabricant de boitiers et/ou un opérateur IPTV. Google TV semble plus que jamais adapté à une utilisation au sein d'une "box", de par son interface utilisateur, la présence d'un navigateur et d'une boutique d'applications, tandis que l'utilisation d'Android épouse parfaitement la stratégie "quadruple play" des opérateurs. Mais la méfiance traditionnelle du monde des télécoms vis à vis de Google les empêche de se lancer dans l'aventure. Jusqu'à l'arrivée d'un nouvel acteur plus menaçant venant de Cupertino?
Ces limitations signifient malheureusement que les prochains produits Google TV continueront à arriver au compte goutte, à des prix peu compététifs et seront réservés à une population de connaisseurs. Ce qui manque principalement à Google TV aujourd'hui c'est l'arrivée d'un concurrent sérieux qui fasse bouger l'écosystème, comme l'iPhone l'a fait en 2007-2008. Steve est tu là ?


En parallèle Google a fait une annonce tout aussi intéressante concernant la mise en place d'un programme "Android@home" afin de développer des logiciels et matériels domotiques. Je reviendrai sur cette annonce prochainement.

jeudi 2 septembre 2010

Google TV, Apple TV: Adieu télévision, bonjour applivision

Enfin ! Steve Jobs a annoncé aujourd'hui la nouvelle version de son "hobby", l'Apple TV. Peu de surprises par rapport aux informations qui avaient déjà filtré : changement d'OS, espace de stockage limité, le contenu est à présent "streamé" depuis les équipements domestiques (iPad, iMac et autres iGadgets) ou les nouveaux serveurs iTunes d'Apple. 


Le prix (99$) constitue le changement le plus important de cette nouvelle mouture, avec pour la première fois un produit Apple qui ne générera pas une marge conséquente (40%) à l'achat. En effet le prix des composants de la nouvelle Apple TV peut être estimé autour de 80$ à 90$ en se basant sur le prix des composants de l'iPad.


Ce qui signifie qu'Apple adopte une approche similaire à celle des opérateurs de réseaux de télévision, en offrant (tout est relatif) les décodeurs pour mieux se rémunérer sur le contenu, en s'adressant directement aux fournisseurs de programmes d'Hollywood, et les applications, ce qui explique peut être qu'aucun SDK n'ait encore été annoncé, Apple se réservant la primauté des applications à forte valeur ajoutée.


Les opérateurs de réseaux pourront toujours répliquer en s'adossant à Google avec sa Google TV et la VàD Youtube pour leurs nouveaux décodeurs, confortés par le changement de politique du géant du web concernant la neutralité du net.


Mais qui sont les grands perdants de ces annonces ? Les chaînes de TV traditionnelles qui ne possèdent pas ou peu de contenu propre et vont devoir rapidement remettre en cause leur modèle traditionnel de programmation et diffusion.


Jusqu'à présent, et malgré les évolutions technologiques (Satellite, TNT, IPTV ...), elles ont réussi à préserver le statut quo sur leur rôle dans la diffusion des programmes : le même flux pour tous, plus quelques fonctions périphériques (replay, vidéo à la demande, site internet, application mobile) pour les "early adopters". Mais le business reste le même, vendre de la publicité diffusée en en masse ou des abonnements généralistes.


Même en France, pays leader en termes d'équipements IPTV, l'offre proposée reste assez basique. La fameuse "TV interactive" se limite à un portail de VOD, des émissions en replay et quelques services basiques.


Ce ne sont pas les premières TV connectées lancées sur le marché et leurs "widgets" qui ont convaincu les chaînes d'investir dans de nouveaux concepts; elles se sont plutôt attachées à combattre la "pollution" de "leur" flux.


Pourtant aujourd'hui le véritable risque est de perdre leur place dans la chaîne de valeur audiovisuelle, au profit non pas de simples portails de vidéo à la demande mais d'une nouvelle famille d'applications adaptées aux nouvelles "smart TV", appellons-les "applivisions".


A la différence des premiers widgets TV, ces applications permettront de recréer et étendre l'expérience télévisuelle en piochant dans le catalogue de contenus à la demande, TV de rattrapage, contenus personnels stockés dans le réseau domestique ou sur les réseaux sociaux, pour créer de véritables "chaînes de télévision personnelle". La programmation ne sera plus définie au sein de grandes tours d'ivoire, suite à d'âpres négociations de droits, puis imposée à tous, mais dynamiquement gérée en fonction des goûts, des relations sociales ou de l'emploi du temps des téléspectateurs. Avec à la clé pour les éditeurs une panoplie de modèles économiques, depuis la publicité ciblée à l'abonnement et au paiement à l'acte.


La clé du succès de ces "applivisions" sera bien sûr qu'elles restent "canapé compatibles ", et ne nécessitent pas ou peu d'interactions pour fonctionner. Après tout, il est difficile de vendre du "temps de cerveau disponible" lorsque l'utilisateur doit sans cesse pianoter sur sa télécommande pour choisir un nouveau programme...


[Mise à jour du 06 Octobre: Il semble que le prix de fabrication de l'Apple TV soit évalué à 64 dollars laissant une marge respectable de 35%, supérieure à celle de l'ancienne version. Ce qui sous entend qu'Apple continuera à se rémunérer principalement sur le matériel avec ce produit, en attendant de générer des revenus suffisants sur le contenu et les applications ?]

jeudi 20 mai 2010

Google TV : premières impressions




Comme prévu Google a annoncé aujourd'hui la sortie de Google TV, son initiative pour s'attaquer au marché de la télévision interactive, et surtout de la publicité télévisée (comme précisé dès le début de la conférence, un marché de 40 milliards de dollars aux Etats Unis). 


L'occasion de présenter cette nouvelle plateforme aux développeurs présents à la conférence Google I/O. L'utilisation d'Android comme système d'exploitation permet à Google d'assurer la "compatibilité ascendante" avec les applications pour mobiles Android, comme Apple garantit aux développeurs iPhone la compatibilité avec l'iPad. Même si bien sûr comme pour l'iPad les développeurs sont encouragés à adapter leurs applications aux nouveaux formats d'affichage et de traitement. En effet les appareils compatibles disposeront  de capacités de traitement multimédia largement supérieures à celles des derniers "ordiphones" grâce à l'utilisation de processeurs Intel, qui permettra une expérience multimédia proche de celle d'un ordinateur ou d'une console.


Après quelques allusions aux iProduits des ex-meilleurs amis de Google, la société a présenté la fameuse plateforme. A retenir:

  • L'explication assez réaliste à l'échec des initiatives de la TV interactive ou de la web TV depuis 20 ans :  une approche similaire à celle de l'internet mobile d'avant iPhone ("le WAP" et l'approche fermée "walled garden").
  • Les innovations principales : recherche, personnalisation, navigation et bien sûr publicité (même si Google reste très évasif à ce sujet, comme d'habitude avec sa source principale de revenus). A noter la suppression presque complète de la frontière entre flux vidéos multi-diffusés, vidéos sur le web, et vidéo à la demande. Grand bénéficiaire: Youtube qui va enfin pouvoir concurrencer les chaînes traditionnelles sur leur propre terrain.
  • L'implémentation de protocoles IP type UPnP / DLNA sur IP permettant aux appareils de communiquer entre eux et avec d'autres terminaux(dont les mobiles bien sûr) et qui ouvre la voie à de nombreuses applications dans la domotique.
  • La gamme d'appareils au lancement développés par Sony (TV, décodeurs Blu-Ray) et Logitech (Hybride télécommande universelle et décodeur), le tout motorisé par des processeurs Intel.
  • Le soutien de Dish Network / Echostar (diffuseur satellite américain, qui il y a quelques années avait "sauvé" Archos de la faillite) et de Best Buy pour la distribution.
  • Le lancement des premiers appareils à Noël 2010 aux Etats Unis uniquement, et l'ouverture aux développeurs d'applications début 2011.

Au final les grands absents de cette annonce sont les chaînes de télévision, qui risquent le plus si cette plateforme se développe. En effet, elles se trouveront "noyées" au milieu des contenus provenant du web, alors qu'aujourd'hui encore elles jouissent d'une audience captive (le fameux temps de cerveau disponible). De plus le contrôle total de l'expérience utilisateur par Google risque de les rendre aussi dépendants que les éditeurs de sites web (jusqu'à l'arrivée de Facebook du moins).


A elles de jouer de leur influence auprès des diffuseurs pour freiner l'arrivée de cette plateforme dans leurs décodeurs. A l'heure actuelle l'équipe de lancement de la Google TV est encore assez limitée : Sony (en perte de vitesse dans l'électronique grand public), Intel (grand perdant de la téléphonie mobile) et Logitech (leader des périphériques d'ordinateur, un marché stagnant). Où sont les grands cablo-opérateurs et fournisseurs d'accès internet haut débit? Google aura du mal à compter sur une adoption directe par les utilisateurs,  vue la fréquence de renouvellement des téléviseurs (qui n'a rien de comparable avec la téléphonie mobile, où la durée de vie d'un appareil est de moins de 18 mois en moyenne). Sans compter que le prix des équipements compatibles "Google TV" est à ce jour inconnu.


Toutefois les chaînes ne peuvent plus compter sur le fait que la télévision rest un média passif, où l'interactivité "à la web" est mal adaptée. Comme le prouve le succès de la vidéo à la demande et de la télévision de rattrapage (par exemple en France), les téléspectateurs changent lentement leurs habitudes et les jours de la "zappette" sont comptés.


En tout cas il y aura sûrement un "avant" et un "après" Google TV et on peut s'attendre à une réaction en chaîne de la part des Apple, Microsoft et des fournisseurs d'infrastructure de diffusion. A suivre...

lundi 10 mai 2010

TV : Qui a peur du grand méchant Google?

Les 19 et 20 Mai 2010 aura lieu à San Francisco la conférence Google I/O rassemblant plus de 3000 développeurs travaillant sur l'une des plateformes Google, depuis Android jusqu'à Wave. 

A cette occasion devrait être présentée la "Google TV", une évolution du système d'exploitation Android ciblant les décodeurs et les TV connectées. Selon les rumeurs du secteur, Sony fournira les premiers appareils compatibles tandis que Logitech est pressenti pour développer des périphériques de type télécommande ou clavier.  L'idée étant de préparer les nombreux développeurs invités à Google I/O à l'arrivée de cette nouvelle plateforme afin qu'ils préparent des applications compatibles.

Qu'est ce qui est en jeu ? Tout simplement le marché de la publicité TV interactive, prochain terrain de bataille après la publicité mobile. Les acteurs "traditionnels" de l'audiovisuel (diffuseurs, éditeurs, cablo-opérateurs) se trouvent aujourd'hui dans la même situation que les opérateurs mobiles en 2006-2007, avant l'arrivée des nouveaux terminaux internet mobile comme l'iPhone. Ils ont investi pour introduire Internet dans leurs services, mais surtout pour assurer la pérennité de leur modèle économique en créant des plateformes propriétaires ("walled garden"). Ils risquent fort de subir le même sort que les opérateurs télécoms, et devenir de simple "tuyaux" tandis que d'autres bénéficient des retombées économiques provenant des nouveaux services interactifs.

En effet avec cette nouvelle plateforme Google se donne les moyens de contourner l'ensemble des acteurs traditionnels de l'audiovisuel pour s'adresser directement aux spectateurs. Plutôt qu'aller convaincre chaque fournisseur de contenu d'autoriser l'ajout de ses émissions sur YouTube, ou chaque cablo-opérateur de permettre un accès amélioré à ses services, Google cible directement le bout de la chaîne : le poste de télévision.

Le but n'est pas de développer une énième plateforme permettant de naviguer sur des sites web depuis son téléviseur; l'objectif de Google est plus ambitieux. Tout d'abord devenir le point d'entrée et l'outil de navigation entre les contenus télévisés, tout comme Google Search est devenu le point d'entrée de référence des services web (position aujourd'hui contestée par Facebook). Un grand nombre d'internautes n'entrent plus une adresse internet dans leur navigateur internet, ils la tapent dans le moteur de recherche et accèdent ensuite au site demandé, ou à un site équivalent mis en avant par les fameux "Google Ads". Si Google arrive à répliquer ce modèle en devenant l'outil de navigation d'une chaîne à une autre, il détiendra la clé de la TV interactive. Après tout l'expérience de navigation sur la TV n'a pas beaucoup changé depuis le lancement de ce média : le système de numérotation et la télécommande à touches ressemblent furieusement à un téléphone "pré-iPhone". Cette volonté de repenser la navigation explique sans doute la présence de Logitech, spécialiste des télécommandes universelles et périphériques d'ordinateur, dans le projet "Google TV".

Puis, la possibilité de superposer des informations contextuelles au contenu visionné en temps réel. Pour cela Google dispose déjà d'outils avancés sur Youtube permettant d'identifier un contenu vidéo pré-enregistré (ironie de l'histoire, cette fonction a été améliorée à la demande des chaînes et fournisseurs de programme pour lutter contre le piratage) et de sous-titrer automatiquement les flux "live" grâce à la reconnaissance vocale. En intégrant ces technologies au niveau du téléviseur ou du décodeur, Google sera en mesure d'afficher en temps réel des informations sur un programme diffusé, sans coopération particulière du diffuseur. Par exemple proposer une traduction en temps réel, afficher des contenus équivalents diffusés sur d'autres chaînes, proposer la commande d'une vidéo à la demande ... Bref, répliquer le modèle Youtube sur tous les contenus télévisés, en éliminant les problèmes de droits.

Enfin, se substituer aux régies publicitaires traditionnelles en offrant un nouveau système de diffusion de publicité TV ciblée. Au lieu de diffuser une publicité en fonction de l'audience attendue du programme associé, la Google TV pourra permettre aux annonceurs de diffuser leurs publicités seulement aux spectateurs correspondant à certains critères. D'ailleurs Google propose déjà aux annonceurs américains une place de marché permettant d'acheter des espaces publicitaires sur les chaînes partenaires. Cette volonté est confirmée par la prise de participation de Google dans Invidi Tech, qui propose une technologie de ciblage des publicités en fonction des préférences des spectateurs s'intègrant directement dans les décodeurs.

Pour réaliser ces objectifs Google a besoin de déployer sa technologie au plus près de l'abonné, sur le téléviseur ou sur un adaptateur s'insérant entre la télévision et les différents décodeurs de l'abonné. De cette façon la société pourra contrôler complètement l'expérience utilisateur et intégrer les flux audiovisuels dans sa propre interface. 

Que doivent faire les sociétés du secteur face à cette menace? Soit continuer la politique actuelle de contrôle de l'ensemble de la chaîne, alliant technologies propriétaires et lobbying pour obtenir une protection du régulateur, en risquant de subir le même sort que les opérateurs mobiles après l'arrivée de l'iPhone. Soit prendre de vitesse Google et s'allier pour mettre en place une plateforme ouverte, comme l'HBB TV, à condition que ce standard soit adopté par tous les acteurs du secteur et ouvert aux tiers. A ce titre la France et ses 8 millions d'abonnés à la TV par ADSL représenterait un terreau idéal pour lancer une telle plateforme de TV interactive disposant d'une réelle masse critique. 

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